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Le grand chantier du Multicanal

 

Copie d'article rédigé pour la Revue Banque : Téléchargement enjeux_du_multicanal.pdf

Les témoignages recueillis pour constituer ce dossier en attestent : l’apport de nouveaux canaux performants, l’Internet et le téléphone, au côté du réseau d’agence et du mailing courrier a bien provoqué des changements profonds dans les relations entre la banque et son client et la façon de ‘consommer’ des produits et services financiers depuis 10 ans.

L’appropriation de ces canaux par les clients mais aussi par les institutions financières se poursuit au pas de course, comme le relatent les taux de croissance présentés dans ce dossier par Philippe Laulanie. La problématique n’est donc plus de savoir si la banque est multi-canal ou quand elle le deviendra vraiment, car les chantiers sont lancés et les premiers résultats déjà bien visibles : l’optimisation dans l’usage de tous les canaux de distribution permet d’abaisser significativement les coûts d’acquisition.

Il semble que l’enjeu porte aujourd’hui sur de nouvelles lignes de fonds qui émergent et semblent remodeler le paysage de la distribution des produits financiers en dessinant de nouvelles relations aux clients ‘consommateurs’ :

1. La conquête des clients : l’émergence des nouveaux courtiers

2. Le cross-selling : l’optimisation de l’équipement client

3. La dématérialisation des actes de vente

 

 

 

Il faut en préambule rappeler qu’une institution financière est protéiforme: le réseau de distribution d’un assureur, composé de salariés, d’agents généraux ou de courtiers indépendants n’absorbe pas un chantier multi-canal comme un réseau d’agences bancaires intégré, qui lui-même ne déploiera pas non plus la même organisation et la même logique informatique qu’un groupe bancaire mutualiste dont les succursales régionales sont imprégnées de leur culture locale. Enfin, l’utilisation optimisée des nouveaux canaux est inscrite dans les ‘gènes VPCiste’ d’un spécialiste de la distribution directe d’épargne ou de crédit, qui doit rester à la pointe des innovations pour conserver ses atouts face aux puissants réseaux physiques.

 

Il convient également de rappeler que le législateur a finalisé le cadre juridique en juin 2005, avec les transpositions en droit français des directives européennes sur le commerce électronique (08/06/00), la vente à distance des services financiers (09/10/02), la signature électronique (13/12/99) auxquelles il faut aussi ajouter la loi sur la sécurité financière (01/08/03).

 

 

Zoom sur les nouveaux canaux : le couplage Internet/Call center, distance ou proximité ?

 

Jusqu’à présent, il était simple de distinguer les canaux phares de distribution de produits financiers selon le degré de proximité de la relation client :

Le conseiller en agence ou celui qui se déplace à domicile offre un vrai service de proximité. Les rendements par contacts clients sont très élevés (supérieurs à 20%) mais chaque contact est coûteux (supérieurs à 80€). De plus, le nombre de contacts par an reste limité à quelques centaines par conseiller.

Le mailing courrier, ou marketing direct, éventuellement couplé au téléphone est par essence le canal de relation à distance. Les rendements sont faibles (inférieurs à 2% en cross-selling, et à 0,6% en conquête) mais chaque contact coût de l’ordre de l’euro et la population touchée se compte en plusieurs centaines de milliers pour chaque campagne marketing.

 

Ces deux canaux ont une caractéristique : pour se constituer une base de clientèle significative, il faut un investissement initial important afin de rôder le processus de distribution et atteindre le seuil de rentabilité

 

Le couplage des canaux interactifs Internet / téléphone possède les atours de la proximité, puisque pratiqué « depuis chez soi » (on peut désormais souscrire en ligne à un crédit ou gérer efficacement un portefeuille boursier comme « dans son agence »). Ce couplage présente en outre de grands avantages: l’instantanéité et/ou disponibilité

 

Il en découle des rendements très attractifs : une campagne d’appels sortants sur clients connus ciblés couplée à un processus de souscription en ligne permet d’obtenir des taux de concrétisation qui peuvent approcher les 15%/20% (rendements constatés sur un panel comparatif de méthodes de ventes mêlant courrier/téléphone/vente en ligne et sur des produits bancaires standards)

 

D’une manière ou d’une autre le couplage de canaux interactifs est de plus en plus utilisé, et en premiers lieu par les acteurs à distance qui améliorent ainsi leurs rendements. En outre, Internet devient un canal de distribution majeur (20% à 30% en conquête pour la production de crédits à la consommation). Il suffit, d’ailleurs, de surfer chez les grands opérateurs pour s’y imprégner de nouveautés : web call back, personnages animés, vidéos, signature électronique, technologies Web 2.0…

 

Même un petit courtier parviendra à abaisser les barrières à l’entrée de la vente à distance en proposant interactivité, vidéos, blogs pour présenter ses équipes, créer une communauté d’échanges et ainsi constituer des portefeuilles de clients pour une fraction du coût d’une agence ayant pignon sur rue: l’exemple du courtier en ligne www.vitaliplus.com qui collecte des contrats d’Assurance Vie à taux ‘écrasés’ en s’appuyant sur des outils interactifs et une constitution de communautés est représentatif d’une tendance (même si ce marché « direct » ne représente aujourd’hui qu’un pour cent du marché comme le souligne Fidelity)

 

 

Tendance 1  La conquête des clients : L’émergence des nouveaux courtiers

 

L’exemple de la ‘captation’ d’un client décrit par Empruntis sur le crédit immobilier est explicite : en activant les bons canaux aux bons moments, grossièrement le Web pour la détection de besoin, le téléphone pour valider la proposition et le face à face pour conclure, on parvient à rationaliser le coût commercial.

 

Un organisme de crédit à la consommation est prêt à payer jusqu’à 700€ pour acquérir un client sur un prêt personnel de restructuration, une banque jusqu’à 1500€ pour un emprunteur ‘immobilier’ qui domicilie ses comptes chez elle pendant 15 ou 20 ans (ces chiffres sont donnés à titre indicatif en fonction des encours moyens constatés et de taux moyens reversés aux courtiers).

 

Or, le courtier multi-canal (ayant au moins un service Web/Call) connecté à plusieurs plates-formes bancaires est aujourd’hui très bien armé pour mener une activité de conquête efficace à moindre coût. Les investissements ne sont pas aussi importants qu’en marketing direct et peuvent être variabilisés. Son savoir-faire dans l’optimisation de l’usage des canaux, sa réactivité face aux nouvelles tendances technologiques ou marketing, l’organisation tournée uniquement vers la conquête le rend indispensable. L’émergence de ces acteurs n’est donc pas un hasard car ils arrivent à imposer un modèle dynamique et réactif proposant des coûts de recrutements attractifs

 

Cependant, cette force a un revers : organisés en silos verticaux tournés vers une activité phare où ils excellent (le crédit immobilier, le rachat de crédit, l’assurance auto ou l’assurance-vie par ex.), aucun courtier ‘multi-canal’ est aujourd’hui leader sur plusieurs lignes d’activité. Ceci s’explique aisément : la vente d’un produit d’épargne ne s’effectue pas du tout sur le même rythme et les mêmes méthodes qu’un crédit à la consommation, une mutuelle santé ou un crédit immobilier.

 

Quelle perspective ? Lorsque les courtiers auront atteints leur taille critique sur leur marché phare, où se situeront leurs réserves de croissance ? Plutôt que le cross-selling, dont la technicité nous parait être encore réservée aux grands institutions déjà établie, les courtiers pourraient chercher à croître en se rapprochant, moins pour rationaliser leur organisation ‘en silos’, que pour peser sur les négociation avec leurs producteurs.

 

 

 

 

 

Tendance 2  Cross selling : L’optimisation de l’équipement client

 

 

Un système de distribution multi-canal couplé à un CRM performant permet de remonter les informations de vente opportunément au moment du contact avec le client.

 

Parmi les méthodes de ventes multi-canal les plus avancées, trois peuvent être mises en avant qui ont produits une croissance des ventes supérieure à 20% :

 

· le ‘push Web’, typiquement dans le crédit, il consiste à informer le client dans son espace client du montant d’emprunt auquel il est éligible en fonction des règles de score de la banque et ce avant toute demande de prêt. Couplé avec un système de vente en ligne fluide, le ‘push Web’ permet à moindre coût de toucher la cible recherchée (avec un ‘risque’ attractif) et permet d’éviter la volatilité de la clientèle.

 

· La vente à rebond : un client entre en contact téléphonique avec sa banque pour effectuer un acte de gestion ; la banque en profite pour lui proposer en priorité ce que le système pense lui être le plus adapté. Cette technique très sophistiquée suppose un système d’information et une organisation commerciale pointue et donne des résultats exceptionnels lorsqu’elle est bien rôdée.

 

· La vente par enregistrement sur plateau téléphonique permet d’équiper un client pour les ‘produits de poche’ type ‘prévoyance’ à moindre coût. Elle est généralement précédée d’une sollicitation ‘multi-canal’ (courrier, Web, mass media) pour susciter l’appel.

 

Contrairement à la conquête multi-canal ou un courtier peut trouver sa place, les investissements sont cette fois nettement plus importants, et il faut et bénéficier d’une base client très large pour rentabiliser l’ensemble des investissements.

 

 

 

Tendance 3 La dématérialisation des actes de vente

 

 

La promesse de la ‘dématérialisation’ va bien au-delà du gain de traitement de la paperasserie et touche directement les rendements de vente à distance ; la SNCF a réussi en trois ans à transformer son audience Web en acheteur, et aujourd’hui près d’un billet SNCF sur 3 est vendu (contracté) par Internet sans flux papier.

 

La simplicité dans la prise de commande, la qualité de l’accompagnement et du conseil et la fluidité dans la contractualisation en ligne doivent permettre de transformer de la même manière les audiences colossales des sites Web financiers en souscriptions.

 

· La signature électronique : la rupture de charge lié à l’impression d’un contrat alors que le client a donné son accord par Internet ou téléphone est la première cause de chute de rendement des ventes à distance. Ainsi en mettant en place la signature électronique, Finaref déclare avoir triplé ses ventes après la simple mise en place de l’offre de signature électronique QuickSign ; le monde bancaire découvre enfin que la mise en place d’un projet de vente en ligne sans papier est un chantier de quelques mois

· Pour conserver ses documents, le coffre fort électronique ‘cerise’ sur le gâteau, permet de retrouver sur Internet l’ensemble de ses contrats et documents archivés ; cette initiative vient d’ailleurs d’être lancée très récemment par la toute  nouvelle Monabanq.

 

Le contrat devient électronique et donc fluide : il peut s’échanger depuis sa forme primaire, la formulation du besoin, jusqu’à sa forme ‘juridique’ définitive sur l’ensemble des canaux, depuis un lieu physique (l’agence bancaire, le campus universitaire) jusque chez soi.

 

Conclusion

 

Il est toujours difficile de conclure sur le multi-canal lorsque les vagues incessantes de

la technologie Internet

proposent sans cesse de nouveaux usages aux ‘consommateurs’. En cinq ans Internet a apporté des bouleversements là ou ils n’étaient pas forcément attendus. On peut donc toujours rêver a la banque de demain : elle prendra peut être la forme d’une multitude de petites agences (comme de ‘mini’courtiers) ayant toutes accès de manière interactive aux outils et aux produits ; mais l’on pourrait imaginer l’avènement d’un « e-bay » de la finance à l’image des initiatives de www.zopa.com ou de www.prosper.com qui permettent déjà d’épargner et de souscrire à des crédits entre personnes physiques (P2P).

Auteurs :

Thibaut Ravisé

Bachellerie

Benoit Lassara

Directeurs Associés, Alténor

DEFINITIONS

 

· La notion de ‘distribution’ a été volontairement restreinte à la vente (conquête et fidélisation) afin d’exclure les aspects liés aux ‘actes de gestion’ et la façon de les traiter en multi-canal. Si le distributeur a un rôle à jouer dans le suivi du client, les plates-formes SAV des producteurs (ex : gestion des sinistres, SAV monétique … ) sont elles chargées de ces processus de traitement industriel permettant ainsi aux forces de vente de ce concentrer sur leurs clients.

· Il peut être utile de rappeler que le terme ‘produits financiers’ couvre à la fois les produits d’épargne, de crédit, les moyens de paiements et les assurances

· la notion du multi-canal fait référence à l’ajout des canaux téléphoniques (centre d’appels, Serveurs Vocaux Interactifs, routages intelligents…) et de l’Internet aux canaux traditionnels sur lesquels passent encore l’essentiel des flux commerciaux (agences, courriers, fax)

 

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